Un point sur le Google bombing
Le samedi 27 janvier 2007 à 02:52 :: Google :: #78
Tout commence hier avec ce billet de Matt Cutts sur le Google Webmaster Central Blog intitulé : A quick word about Googlebombs.
Dans ce post, il nous explique que :
« Grâce à l’amélioration de son analyse de la structure des liens du web, Google a commencé à réduire l’impact de nombreuses Googlebombs. »
Une Googlebomb étant, pour faire court, un canular par lequel certaines personnes tentent de faire ressortir en tête des résultats des moteurs de recherche le site de quelqu’un d’autre, sur des termes généralement peu flatteurs.
L’exemple type étant jusqu’à il y a peu, la page de George Bush sur le site officiel de la Maison Blanche, premier résultat sur la recherche « miserable failure » (lamentable échec).
Cela étant obtenu grâce à des liens vers ce site ayant pour ancre (les mots qui constituent le texte du lien) « miserable failure ». Un nombre suffisamment grand de liens de ce type entraînant un tel résultat.
Remédier à cela est a priori une bonne initiative de la part de Google, et si certains l’ont regretté, d’autres s’en sont félicité.
Mais toute louable que puisse être cette initiative elle soulèvent également des questions qui mettent en émoi le petit monde de l’optimisation et du référencement.
Il n’y a qu’à voir cette liste de billets consacrés au sujet sur Techmeme pour s’en convaincre.
Alors pourquoi ce court billet presque anodin de Matt Cutts fait il couler autant d’encre ?
Trois éléments à garder à l’esprit :
- Cette suppression de l’effet Googlebomb est faite de manière automatique, par un ajustement de l’algorithme.
- Pour qu’une Googlebomb soit considérée comme telle, il faut que le site visé ne cherche pas à se positionner sur cette requête.
- Le principe d’une Googlebomb repose sur les ancres de liens qui sont parmi les facteurs et outils d’optimisation les plus importants pour les moteurs de recherche.
I / Fatras d’hypothèses non étayées pour lesquelles je décline toute responsabilité :-)
En ce qui concerne le premier point, on sait que l’ajustement est automatisé, mais on ne sait pas quels critères sont pris en compte.
Ce que l’on sait, c’est que Google ne peut pas se contenter de ne plus considérer l’ancre des liens, qui est un facteur clé pour la détermination de la pertinence dans le classement.
Mais on peut imaginer que l’ancre du lien est analysée et comparée avec la page cible, et qu’un certain degré de correspondance doit être détecté pour ne pas lever une alerte.
Mais si Google ne peut tout simplement pas faire abstraction de l’ancre, il ne peut pas non plus se fier uniquement à la présence dans la page cible des mots clés contenus dans le lien.
Certaines pages sortent dans les premières positions sur des termes qui n’y sont pas présent sans pour autant faire l’objet d’un Google bombing.
Ex : www.apple.com/macbook/ sort en 2ème position sur la recherche « laptop » (ordinateur portable) alors que la page ne contient pas une seule occurrence du mot « laptop ».
Sa position n’en est pas pour autant illégitime.
Si, pour cette raison, (la non présence des termes de l’ancre dans la page) Google la déclassait, je ne pense pas qu’Apple apprécierait.
A partir de là , on peut émettre l’hypothèse que si analyse de correspondance entre le texte du lien et celui de la cible il y a, elle s’effectue plus vraisemblablement au niveaux du site entier (ou d’une section de site) et pas seulement de la page.
Et/ou pas nécessairement termes à termes mais que cette analyse porte sur des entités sémantiques plus larges.
Google peut également prendre en compte l’évolution de la croissance du nombre de liens ayant des ancres spécifiques.
Un accroissement rapide du nombre de liens vers un site avec une même ancre pourrait paraître suspect. (particulièrement si les sites impliqués ne semblent pas faire autorité sur ces termes)
C’est ce qui pourrait expliquer par exemple, que les résulltats pour ces 2 cas précis n’aient pas été modifiés :
Cette page d’Adobe http://www.adobe.com/products/acrobat/readstep2.html est classée première sur la requête « click here »
Et celle-ci, du site de Disney http://disney.go.com/home/today/index.html sort en tête sur « leave »
Ces deux pages, tout comme l’exemple précédent d’Apple, ne contiennent pas les termes de l’ancre, mais de nombreux sites font des liens vers la page de téléchargement d’Acrobat Reader avec un lien ayant pour ancre « click here » (to download).
Concernant Disney, de nombreux sites porno, sur leur page de garde, font un lien vers le site de Disney avec pour ancre « leave » (sortir) pour ceux qui se seraient égarés dans ces eaux troubles.
Il ne s’agit donc pas de Google bombing. Ces liens existent depuis longtemps, en nombres considérables et ne présentent pas les caractéristiques de l’effet Google bombing dans l’augmentation de leurs nombres.
Là , l’ajustement de l’algorithme de Google, n’a pas modifié les résultats, ce qui tendrait à prouver son efficacité.
Son efficacité mais pas sa pertinence : Je ne vois pas de raisons de considérer la page de Disney comme particulièrement pertinente sur ce terme.
Bizarrement, sur ce mot signifiant « sortir/quitter/congés » Yahoo! est classé 2ème :), et le premier résultat pertinent est le 3ème, une page gouvernementale sur les différentes modalités de congés.
Mais bon, la pertinence générale de Google n’est pas le sujet.
D’autres hypothèses sont possibles, mais comme le dit Matt Cutts :
« Je ne pense pas que nous entrerons plus avant dans les détails, tout ce que nous pouvons dire est qu’il s’agit d’une amélioration de l’analyse des liens. »
Alors contentons nous de savoir que c’est un processus automatisé.
II / Un autre point important concerne l’essence même de ce qu’est un Google bombing : la distinction entre un site qui sort en tête d’une requête :
- par l'action de tiers
- grâce à un effort sa part
C’est d’ailleurs le critère que propose, encore, Matt Cutts :
« The litmus test for a Googlebomb is whether the site in question wants to show up at #1 or whether other people are pushing it up. If a site *wants* to show up, that's SEO rather than a Googlebomb.
So from the examples you give, "Waffles" would be a Googlebomb, but "french military victories" would not. »
(« Waffles » fait référence à une autre Googlebomb qui visait le politicien John Kerry et « french military victories » à des petits malins qui veulent se positionner sur ces termes et faire croire qu’une telle requête ne renvoie pas de résultats et proposent l’alternative :
« Did you mean: french military defeats » …)
Comme le fait remarquer Philipp Lensen, cette définition est contestable, dans la mesure ou « French military victories » est généralement considérée comme étant une Googlebomb.
Mais admettons que la différenciation se fasse sur la volonté ou non d’un site à se classer en tête des résultats.
(Ce qui au passage ne règle pas le problème de la pertinence, car avoir ce site en tête des résultats, même si c’est marrant, n’est sans doute pas ce que s’attend à trouver quelqu’un cherchant à se documenter sur ce thème.)
Pour ce qui est de la SEO, dans sa forme classique — une bonne pratique d’optimisation et de référencement amenant son site, où celui de son client, à la place tant convoitée sur des termes précis — on peut imaginer que Google saura distinguer un travail efficace de référencement d’un Google bombing.
Même dans le cas d’une très mauvaise stratégie d’optimisation consistant en un apport massif de liens ayant tous la même ancre. (à éviter s’il est encore besoin de le rappeler)
Plus ambigu et plus intéressant, ce qu’on appelle parfois une « contre Googlebomb ».
Deux exemples assez connus :
Il y a quelques temps, une recherche sur le terme « jew » (juif), renvoyait en tête des résultats un site antisémite.
Un certain nombre de gens a donc décidé de se mobiliser pour le déclasser au profit de l’article correspondant de wikipedia en faisant des liens vers cette dernière.
Cela a fonctionné, wikipedia est désormais numéro 1 sur cette requête et le site en question est un peu redescendu.
Plus récemment le même cas de figure s’est présenté pour le nom de « Martin Luther King ». Là encore cela a fonctionner et la page de l’organisation Nobel occupe le terrain.
Ces « contres Googlebombs » ne se différencient a priori pas beaucoup d’une Googlebomb classique :
- La progression du nombre de liens doit être assez similaire.
- Les ancres sont quasiment toutes identiques.
- Les sites participant à ces contres campagnes doivent avoir des profils assez similaires à ceux des bombings traditionnels.
- Les sites cibles ne sont pas à l’origine de cette optimisation, et on peut difficilement la considérer comme une technique classique de SEO.
La seule réelle différence semble être que ces pages « tendent » initialement et naturellement à se positionner sur ces requêtes.
On se retrouve donc là avec la distinction mise en avant par Matt Cutts.
Elle contiennent en effet les termes faisant l’objet du bombing et sont en rapport avec les ancres des liens, contrairement à Georges Bush et « miserable failure » par exemple.
Et d’ailleurs, les résultats sur ces « contres bombing » non pas évolués, il semble que le nouvel algo a su faire la différence.
(encore que la « mise à jour » ne soit sans doute pas terminée, certaines bombs, notamment en d’autres langues que l’anglais, semblent encore actives.)
Mais dans l’ensemble, j'ai l'impression que cette initiative de Google est plutôt une réussite :
Les « Googlebombs » sont dans leurs majorités désamorcées, il ne semble pas y avoir de dommage collatéraux pour des sites qui ont vocation à être bien positionnés (il est encore sans doute trop tôt pour être catégorique sur ce point, il n’est pas impossible que fleurissent bientôt des plaintes de référenceurs ou propriétaires de sites sur des conséquences de cette mise à jour), et les contres Googlebombs que personnellement j’approuve, sont toujours en place et remplissent leurs offices.
Alors pourquoi autant de remue ménage ?
A cause du troisième point évoqué au début de cet article :
III / Le principe d’une Googlebomb repose sur les ancres de liens qui sont parmi les facteurs et outils d’optimisation les plus importants pour les moteurs de recherche.
Et c’est donc en partie sur ces ancres, sur leur considération, leur importance et sur leur prise en compte que Google a modifié son algorithme.
Les ancres de liens, c’est une des bases du référencement, et il est très probable que leurs comportements, leurs effets soient modifiés.
Les certitudes et les habitudes de certains vont devoir être remises en question, et il va falloir nous adapter au changement, et ça, pour beaucoup, j’imagine que ce n’est pas une bonne nouvelle.
C’est sans doute pour cela que beaucoup veulent croire (essayent de se convaincre ?) que les dernières modifications de l’index ont été faites manuellement.
Et pour les nostalgiques, la plupart des mal nommées Google bombs fonctionnent encore très bien avec les autres moteurs.
Sources et lectures utiles (en anglais) :
- A quick word about Googlebombs (Matt Cutts -Official Google Webmaster Central Blog)
- Google Kills Bush's Miserable Failure Search & Other Google Bombs (Danny Sullivan – Search Engine Land)
- Algorithm to reduce Googlebomb impact (Matt Cutts Blog)
- Googlebombs Defused? (Philipp Lenssen – Google Blogoscoped)
- Techmeme
samedi 27 janvier 2007 | 02:52, Sergi
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Commentaires
1. Le jeudi 1 février 2007 à 11:25, par palpitt
2. Le vendredi 2 février 2007 à 02:47, par Sergi
3. Le samedi 3 février 2007 à 02:43, par Palpitt
4. Le samedi 3 février 2007 à 03:02, par Sergi
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